Hôtel Castellana – Ruta SEPETYS

Madrid, été 1957. Passionnée de photographie, Daniel Matheson, 18 ans, découvre l’Espagne à travers l’objectif de son appareil. Il loge au quartier général de la haute société américaine : l’hôtel Castellana, où travaille la mystérieuse Ana Torres Moreno. A mesure qu’ils se rapprochent, Ana lui révèle un pays où la dictature fait régner la peur et l’oppression, hanté par de terribles secrets…

J’ai réfléchis pendant des lustres à la façon dont j’allais pouvoir vous parler de cette lecture, mais aucune tournure ne saura vous traduire combien j’ai aimé ce roman !

Il faut être honnête, je n’ai aucune connaissance historique sur l’époque contemporaine, que ce soit sur la France ou d’autres pays. J’étais donc dans le flou total en entamant ce livre se déroulant en Espagne, mais finalement l’autrice rend son histoire accessible à tous. On ressent bien l’oppression, la tension, et surtout l’énorme fossé social entre le centre de Madrid où se situe notamment le sublime hôtel abritant l’élite américaine et les rues adjacentes où les habitants peinent à se nourrir.

« Madrid a les couleurs de la beauté, mais aussi celles de la souffrance. Les fantômes de la guerre hantent les rues. Daniel croise des aveugles qui vendent des billets de loterie, des hommes auxquels il manque un membre, des jeunes qui marchent avec une canne. Vaut-il mieux les regarder en face pour montrer qu’il a conscience de leur sacrifice, ou détourner le regard pour protéger leur dignité ? »

Daniel débarque dans ce décor en toute innocence. A l’aube de l’âge adulte, il a une naïveté presque candide, lui qui rêve pourtant de devenir reporter. Malgré une vie très aisée, c’est un jeune homme plein d’humilité et d’une grande gentillesse auquel il est très facile de s’attacher. Il décèle rapidement une lueur d’intelligence et de curiosité chez sa femme de chambre, Ana, mais celle-ci refuse d’avoir des rapports autres que professionnels avec lui. Daniel va être instantanément fasciné par cette belle demoiselle distante et on espère constamment que ses efforts pour provoquer les rencontres portent leurs fruits.

Mais l’autrice ne se contente pas de ces deux personnages et nous en fait suivre une multitude d’autres tous aussi humains et attachants, quelle que soit leur importance dans l’intrigue : le frère et la sœur d’Ana, leur cousine Puri, Fuga le jeune fossoyeur qui rêve de devenir torero, Miguel le gérant de la boutique photo, Ben le vieux journaliste solitaire… J’ai vraiment adoré tout cette palette de personnalités, toutes différentes mais très profondes.

« – De la part de Luis. Pour ton torero.
Le sourire de Rafa se fige de stupéfaction. Il dépose le vieil habit sur la table avec d’infinies précautions, comme s’il était en verre. Puis il demeure immobile à le contempler, incrédule.
– Julia, murmure-t-il. Gracias, Julia.
Lentement, il lève une main à son visage et laisse ses larmes couler. »

Au fur et à mesure de l’histoire, l’étau se resserre. Daniel découvre en même temps que nous une réalité abjecte, un gouvernement injuste et inhumain contre lequel il est impossible de se battre. Entre les chapitres, l’autrice a glissé des bribes de discours officiels, d’articles de presse internationaux absolument effarants : quand certains font la propagande de Franco « le Guide », d’autres reconnaissent la cruauté de la dictature espagnole, et pourtant personne n’a jamais agi. Si vous avez une âme de révolutionnaire, ce roman risque de vous rendre dingue. L’écrivaine révèle certaines des sombres actions du gouvernement par le biais d’une enquête; les héros constatent des faits étranges, sont confrontés à des silences impénétrables… Daniel, Puri, Fuga et les autres vont se démener pour découvrir la vérité. Personne n’est au bout de ses surprises…

Hôtel Castellana est un petit bijou de littérature (et pas que adolescente). Le travail de recherche entreprit par Ruta Septys en amont est titanesque et lui permet de nous offrir un roman abouti et indispensable. L’Histoire et la fiction sont entremêlées avec une telle facilité qu’on douterait presque de l’existence des protagonistes. C’est sublimement écrit, c’est passionnant, beau et horrible à la fois et ça devrait être mis entre les mains de tous ! C’est mon plus gros coup de 2020 jusqu’à présent et la barre sera très haute à franchir pour mes futures lectures !

Note :


Auteur : Ruta Sepetys
Éditeur : Gallimard jeunesse
Date de parution : 5 mars 2020
Format : broché
Genre / thématique(s) : historique
Nombre de pages : 580 (annexes incluses)
Tranche d’âge : à partir de 15 ans
ISBN : 9782075134736

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