Ann Radcliffe, Jane Austen et Mary Shelley contre Carmilla (La ligue des écrivaines extraordinaires) – Elisabeth EBORY

Depuis l’au-delà que Jeanne-Marie Leprince de Beaumont hante, le projet incroyable de la conteuse est une réussite. En leur révélant leurs aptitudes à penser et agir sur l’univers, elle a éveillé les consciences engourdies des femmes : la Ligue des Écrivaines Extraordinaires est née.
Mais la liberté pèse, Ann Radcliffe en ressent le poids des responsabilités sur ses articulations vieillissantes dans la diligence qui l’emporte vers Mary Shelley, éprouvée par les morts de ses enfants et au désespoir après la noyade de Percy, son amour. L’esprit acéré de Jane Austen l’accompagne heureusement pour convaincre la jeune veuve que seule leur alliance vaincra l’abominable Carmilla.

Le speech de cette collection m’a énormément attirée : les célèbres écrivaines ont réellement combattu les créatures démoniaques qui sont au centre de leurs romans. Cinq livres composent la série mais il n’y a pas d’ordre obligatoire pour les lire. Celui dont je vais vous parler doit chronologiquement faire partie des derniers (étant donné l’âge des héroïnes) mais cela ne m’a pas du tout dérangée; tout était compréhensible.

Rapidement dans la lecture, on peut témoigner de la plume soignée et maîtrisée. Dans un langage soutenu et des phrases bien construites, elle nous plonge avec aisance dans l’ambiance bourgeoise anglaise du XIXe. Bien que le roman soit court et qu’il y ait urgence dans la mission de ces dames, je n’ai jamais eu la sensation que le rythme était trop rapide ou que des éléments étaient négligés. Les détails donnés sur les héroïnes ont attisé ma curiosité et m’ont poussée à faire quelques recherches; j’ai finalement découvert que l’autrice s’est servi de véritables éléments biographiques (par exemple, Mary Shelley a réellement perdu plusieurs de ses enfants et son mari s’est bien noyé). En revanche, je pensais que Carmilla était un personnage purement inventé pour la circonstance mais elle a été empruntée à un roman éponyme datant aussi du XIXe. J’admire ce travail de construction consistant à reprendre des morceaux de vie et d’œuvres anciennes pour en faire quelque chose de nouveau.

« Des mouches et moucherons tournoyaient dans la pièce. L’odeur semblait venir d’un placard dont les portes étaient retenues par une cordelette. Ann s’approcha, en apnée sous son mouchoir. Elle défit le nœud de la corde et le meuble s’ouvrit immédiatement. Une masse grouillante s’en échappa pour lui tomber dans les bras. »

Ce roman est terriblement addictif car les promesses d’aventures, de danger et de noirceur sont tenues dans cette Venise hantée par la suceuse de sang et ses disciples. Des mystères nous tiennent en haleine autant que des retournements de situation. J’ai mis un roman ponctué de longueurs en pause pour lire celui-ci et c’est tout à fait ce qu’il me fallait. J’aurais peut-être apprécié moins de personnages secondaires, ce qui aurait permis de rendre le trio de femmes fortes un peu plus attachant. Mais cela est un détail car ce petit livre reste une très belle surprise qui en plus convient parfaitement à cette période halloweenesque.

Pour vous procurer les romans de « La ligue des écrivaines extraordinaires », rendez-vous sur le site Les moutons électriques.

Note :

04

Auteure : Elisabeth Ebory
Editeur : Moltinus (label « Les saisons de l’étrange »)
Format : relié
Date de parution : 13 février 2020
Genre / thématique(s) : fantastique
Nombre de pages : 134
ISBN : 9782490972357

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