Je serai vivante – Nastasia RUGANI

«Depuis que je suis entrée dans votre bureau étriqué, Monsieur l’officier, vous attendez une jupe en lambeaux, du sang sous les ongles et des témoins. Je crois que vous auriez préféré une foule rugissante devant mon corps dévoré par des chiens haineux; leurs babines rosies de moi; mes os à vos pieds. Des preuves à récolter. Un viol à voir. Moi, j’aurais préféré ne jamais me rendre sous le cerisier, il y a trois mois, en avril dernier.»

Voilà un texte qui ne laisse pas de marbre, de par son sujet mais aussi les mots avec lesquels il est écrit. L’héroïne est dans un poste de police car elle a été victime d’un viol; toute l’action se passe là, dans ce commissariat, dans le récit de ce fait. On imagine, dès les premières lignes que ce témoignage sera un témoignage terrible pour l’adolescente. La réalité est bien pire que cela : premièrement, l’agent qui est avec elle remet sa parole en doute; deuxièmement, elle avait des sentiments pour son agresseur. J’ai été totalement révoltée par l’attitude du représentant de la loi et son manque total d’empathie. Dès le début du roman, on est face à l’effroi : le cauchemar de l’héroïne ne s’est pas arrêté après son viol (et on le comprendra encore d’avantage quand elle évoquera par la suite le moment où sa famille l’a su).

« Tu n’avais pas bu ? Pas même un petit peu ? Tu n’avais pas envie de lui ? Pas même un tout petit peu ? Les sonorités enfantines de vos questions me donnent le vertige. Un tout petit peu la béquée. Un tout petit peu violé. J’ai l’impression que nous jouons à la corde à sautée sur mon cadavre. »

Les mots et figures de style employés contribuent à l’effet coup de poing du texte. On ne cherche à atténuer ni la violence de l’acte ni la dévastation de la narratrice : les mots sont forts, directs et sans fioriture. Le champ lexical de la mort apparaît souvent. La victime n’a plus de corps, plus de vie, et pourtant elle est là à témoigner. C’est un personnage très touchant, qui nous fait rentrer dans son intimité avec pudeur et embarras. On a juste envie de la prendre dans nos bras pour la réconforter.

Ce roman me semble essentiel pour tous : pour celles qui ne sont pas reconnues comme victimes, pour les autres qu’il faut sensibiliser à toute forme d’agression. A la différence du policier, il est impossible de rester de marbre face au traumatisme de la jeune fille. Ces 128 pages soulèvent beaucoup de questions actuelles et devrait être accessible à tous les adolescents.

Note :

04

Auteur : Nastasia Rugani
Editeur : Gallimard jeunesse (collection Scripto)
Format : Grand format broché
Date de parution : 24 juin 2021
Genre / thématique(s) : drame, témoignage
Tranche d’âge : à partir de 13 ans
Nombre de pages : 128
EAN : 9782075157445

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