Quand le ciel gronde – Phil EARLE

Angleterre, 1941. Joseph est envoyé à Londres pour pour vivre chez Mme F., une amie de sa grand-mère. Mais entre l’école, le rationnement, les dures conditions de logement et les bombardements, la vie dans la capitale est encore plus difficile que celle dans le nord de l’Angleterre… D’autant que Mme F. est propriétaire d’un zoo, et que Joseph est obligé de nettoyer les cages et de s’occuper des animaux… Tout change quand il rencontre Adonis, un magnifique gorille argenté. D’abord effrayé, il finit par se lier d’amitié avec l’animal, malgré une sombre découverte : en temps de guerre, la vie des animaux ne vaut pas cher par rapport à celle des humains… Alors que le ciel s’enflamme et que les sirènes retentissent, Joseph va devoir faire un choix déterminant pour lui et pour l’animal…

Je suis régulièrement fâchée contre la maison d’édition Auzou qui propose de chouettes romans mais avec des choix de couvertures qui tuent les ventes dans l’œuf (par exemple, L’épopée de Sem). Ici, je trouve qu’il y a un très bel effort de fait : cette illustration est percutante et correspond parfaitement au contenu du livre.

Phil Earle a su créer une palette de héros terriblement attachants. Certes, c’est loin d’être gagner pour Joseph qui est en rébellion contre le monde entier; colérique et impulsif, il faut faire preuve de patience pour apprivoiser cet enfant sauvage dont le passif explique le comportement. Miss Farrelly m’a particulièrement touchée : malgré son acte noble de recueillir Joseph, elle est fière, parfois dure et n’a pas du tout l’image d’une douce bienfaitrice. Néanmoins, elle est forte, indépendante et courageuse. Pour égayer ces deux aigris, il y a Syd, la voisine et camarade de classe. Et bien sûr, Adonis, le gorille.
Le risque, lorsqu’on a affaire à une amitié enfant/animal sauvage en jeunesse, c’est de tomber sur une relation idyllique avec une bête excessivement sociable. Il est appréciable de constater que ce n’est pas le cas ici. Même si Adonis peut interagir avec les autres, il n’en reste pas moins excessivement dangereux. Il n’est pas aussi présent que le laissent présager la couverture et le résumé. Cependant, il en impose à chaque apparition et fait naître une foule d’émotions chez les lecteurs.

« Je ne travaille pas pour un zoo. C’est moi qui le dirige. Comme mon frère avant moi, avant qu’il ne parte pour le front. Il n’y a pas grand monde d’ailleurs à travailler dans ce zoo, Joseph, pour la simple et bonne raison que nous sommes en 1941 et que nous sommes en pleine guerre. Selon mes calculs, tu constitues un tiers du personnel. Il va falloir te faire à cette idée. »

Les héros, Adonis inclus, ont tous vécu quelque chose de difficile. J’ai été agréablement surprise de trouver dans ce roman historique une grande place pour évoquer la dyslexie, bien qu’elle ne soit jamais explicitement nommée. Si aujourd’hui elle est reconnue et facilement décelable, ce n’était pas le cas dans les années 40 et elle plonge la personne qui en est atteinte dans la détresse la plus totale : isolée et incomprise.
Mais la plus grande coupable de la détresse des personnages, c’est la guerre. Aucune scène de sang ou de violence n’est à notifier; on constate juste les ravages qu’elle laisse derrière elle… A l’instar du Réseau Phénix de Peggy Boudeville, je trouve qu’on est face à un roman jeunesse qui prend le parti de ne pas édulcorer la réalité de la Seconde Guerre mondiale : les soldats qui partent au front et qui souvent ne reviennent pas, les civils qui vivent généralement dans une grande misère et qui ne sont pas épargnés par la mort non plus, etc. Au travers des déboires de Joseph, c’est un livre qui nous apprend plein de choses sur cette époque sombre, surtout quand on sait qu’il est inspiré d’une histoire vraie.

Je préfère en dire le moins possible sur le contenu des péripéties dans les chroniques que je vous fais : cette fois, je préfère préciser tout de même pour les jeunes lecteurs que l’histoire n’a pas de happy end. Attention donc aux âmes sensibles.

Quand le ciel gronde fait partie de ces lectures qui laissent une marque indélébile dans le cœur de ceux qui l’ont lu. Les héros nous touchent par leur côté profondément humain, si bien qu’il est impossible de ne pas s’émouvoir face à leur histoire. Merci à Phil Earle pour ce splendide récit et aux éditions Auzou d’en avoir fait la retranscription.

Note :

04

Auteur : Phil Earle
Editeur : Auzou
Format : grand format broché
Date de parution : 22 avril 2022
Genre / thématique(s) : historique, animaux
Nombre de pages : 250
Tranche d’âge : à partir de 11 ans
EAN : 9791039504836

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